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De Cuba au Niger, la Russie protège ses alliés à l’étranger

Publié le 12/02/2026
8 min de lecture
Par Enzo PADOVAN
Russie

Les Etats-Unis renforcent le blocus sur Cuba : la Russie répond « nyet »

Le 29 janvier 2026, le président Donald Trump a signé un ordre exécutif promettant d’imposer des droits de douanes supplémentaires, à quiconque exporterait du pétrole à Cuba. D’après le journal The Caribbean Council, cette décision a causé de vives réactions en Amérique latine ; la présidente mexicaine a ainsi alerté les Etats-Unis sur les dangers d’une crise humanitaire à Cuba, pays déjà exsangue en raison du blocus imposé par Washington. Mais malgré les protestations, le Mexique s’est plié aux exigences américaines, et a stoppé temporairement ses exportations en direction de l’île.

Des rumeurs sur ce renforcement du blocus circulaient déjà depuis quelques jours, et la Russie, grand allié de La Havane, avait pris position sur la question dès le 28 janvier. Maria Zakharova, la porte-parole du Ministère des Affaires étrangères russe, avait vivement condamné ces allégations. « Cela serait une autre violation flagrante du droit international, et une tentative d’élever les lois nationales américaines et son régime de sanctions au-dessus des normes légales internationales en vigueur »,  a-t-elle déclaré.

Une fois l’ordre exécutif adopté, la Russie a réagi de manière beaucoup plus hostile le 30 janvier. Au cours d’une autre conférence de presse, la porte-parole Zakharova a condamné ces « tentatives de créer des barrières à la coopération internationale », qu’elle juge « absolument inacceptables ». Malgré les menaces américaines, le journal Reuters a également rapporté que l’ambassadeur russe à Cuba avait promis que les exportations de pétrole continueraient. Si la réponse du Kremlin à l’attaque américaine envers le Venezuela était restée prudente, Cuba est un allié de Moscou depuis plus de 60 ans.

Avec le Nicaragua, il s’agit d’un des derniers pays alignés sur la Russie contre l’Occident dans l’hémisphère ouest. Perdre cette base d’opérations avancées, si près des côtes américaines, serait une atteinte inacceptable au prestige international de la Russie. Bien que l’apport économique de cette alliance soit minimal, protéger la Havane correspond à un message fort, à l’échelle internationale : Moscou ne laissera pas tomber Cuba aussi facilement qu’elle l’a fait avec Caracas, au moins diplomatiquement.

Il est difficile à dire, en revanche, comment réagira le gouvernement de Vladimir Poutine si les Etats-Unis saisissent leurs navires commerciaux, ou attaquent bel et bien leur voisin caribéen. La Russie, malheureusement, dispose d’une force de projection limitée dans l’Atlantique.

Nouvel accord de coopération militaire entre le Myanmar et la Russie

Le 29 janvier, une délégation russe s’est rendue à Naypyidaw, capitale du Myanmar, pour des consultations bilatérales sur le contrôle des armes, et la non-prolifération. Quelques jours après ces consultations, le 3 février, la Russie a signé un accord de coopération militaire avec son partenaire sud-asiatique. D’après le Moscow Times, cet accord devrait durer jusqu’en 2030.

Après l’annulation des nécessités de visas entre les deux pays, cet accord marque une nouvelle étape dans leur coopération. Auparavant, bien que la Russie ait livré des armes et soutenue le régime à l’échelle internationale, aucun accord de ce type n’avait été réellement adopté. Or, les récents événements au Myanmar, dans un contexte de guerre civile toujours en cours, motivent la décision russe.

Trois événements importants ont eu lieu au cours de l’année 2025, au Myanmar ; tout d’abord, suite à l’élection de Donald Trump, les Etats-Unis ont réduit leur aide aux troupes pro-démocratie dans le pays. Ensuite, la Chine a fini par prendre une position plus directe dans le conflit, en faveur de la junte militaire. Et enfin, le Council on Foreign Relations a rapporté que l’armée gouvernementale est parvenue à gagner quelques victoires, fin 2025, après une année 2024 particulièrement rude.

Autrement dit, la Russie pense que la junte militaire risque de demeurer au pouvoir, et se sent donc plus en sécurité pour mener des accords de coopération avec l’armée birmane. Loin de l’influence américaine, et intéressée par les débouchés du Myanmar pour sa filière énergétique (pétrole et nucléaire), le Kremlin profite d’une situation en cours de stabilisation pour s’implanter plus durablement dans la région.

Attaque terroriste à l’aéroport de Niamey, repoussée par les mercenaires russes

Toujours le 29 janvier, une quarantaine de terroristes ont attaqué l’aéroport de Niamey, un attentat revendiqué ensuite par l’Etat Islamique au Sahel. Le 2 février, la diplomatie russe a publié un communiqué de presse condamnant vivement l’attaque. De plus, le communiqué a mis en avant l’action des mercenaires russes, qui ont permis de déjouer l’attaque conjointement avec les troupes locales.

D’après le média RFI, les autorités nigériennes ont accusé la France, ainsi que d’autres nations africaines, d’avoir organisé l’attaque. Cette dernière viserait en réalité, selon le discours de Niamey, une cargaison d’uranium stockée à l’aéroport au moment des faits. Les minerais précieux, tels que l’uranium ou l’or, sont le nerf de la guerre au Sahel. Ce sont ces ressources qui justifient, en grande partie, la présence de l’Africa Corps russe sur le terrain. Ainsi, il est pertinent de s’interroger si à travers la défense de ses alliés, ce n’est pas, avant toute autre chose, son approvisionnement en minerais précieux que Moscou entend protéger.

Mort du fils du colonel Kadhafi, Moscou réagit vivement

Le 3 février, Saif al-Islam Kadhafi, fils de l’ancien dictateur libyen, est mort assassiné. Dans un communiqué de presse, la diplomatie russe a présenté ses condoléances à la famille du défunt, et déclaré qu’il était « impératif qu’une enquête complète et transparente soit menée sans délais ».

Cette vive réaction n’est en rien surprenante, de la part du Kremlin. Saif al-Islam Kadhafi était le fondateur du Front Populaire pour la Libération de la Libye (FPLL), une milice armée loyaliste au pouvoir des Kadhafi. Ce groupe armé entretenait des liens avec les mercenaires de Wagner, et le fils de l’ancien colonel était même considéré comme le « candidat favori de la Russie » pour reprendre les rênes du pays. En 2021, la BBC avait révélé qu’un mandat d’arrêt libyen avait été émis pour Saif al-Islam, justement en raison de ses collusions avec les Russes.

Depuis la chute du régime de Bachar al-Assad en Syrie (analysée à EurasiaPeace par Océane Roche), la Libye apparaît comme une alternative crédible pour la Russie. Selon le média Atlantic Council, le Kremlin possède déjà des bases aériennes dans le sud du pays (près de la frontière avec le Tchad et le Soudan), une zone contrôlée par l’Armée Nationale Libyenne. Contrairement à ce que le nom pourrait faire penser, cette armée correspond à une faction rebelle, qui n’obéit pas aux ordres de Tripoli.

Son positionnement géopolitique est assez complexe ; si cette faction a historiquement toujours été proche de la Russie, les dernières années ont vu un rapprochement avec les Etats-Unis et la Turquie. Dans un effort de normalisation des rapports entre le gouvernement libyen central et l’ANL, les pays occidentaux ont évoqué des concessions quant à l’embargo qui vise actuellement la Libye.

Ainsi, la mort de Saif al-Islam Kadhafi, le candidat favori de Moscou, risque donc de modifier l’équilibre des pouvoirs dans le pays. Le FPLL est un allié d’opportunité avec l’ANL ; la disparition de l’héritier direct de Kadhafi risque d’affaiblir la cause de ce groupe armé, et pourrait inciter l’ANL à se rapprocher encore davantage des Etats-Unis. Si une rupture totale avec le Kremlin est, pour l’instant, impensable, le dossier libyen peut être une source d’inquiétude pour la diplomatie russe.

Si cette dernière perd ses aérodromes en Libye, c’est tout le réseau logistique militaire, qui relie la Syrie au Sahel, qui pourrait se retrouver mis en péril. Dès lors, la Russie risque de surveiller de près les futurs projets de l’ANL, et probablement de contrer l’influence occidentale et turque dans la région.

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