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L’Ouzbékistan et le Kazakhstan présents pour la première séance du Board Of Peace

Publié le 25/02/2026
6 min de lecture
Par Nathan Bataille
Asie Centrale et sud-Caucase
Kazakhstan et Ouzbékistan au BOD

Kazakhstan et Ouzbékistan au BOD

La première séance du « Board Of Peace » (BOP), nouvelle organisation internationale dirigée par Donald Trump, s’est tenue le 19 février. Shavkat Mirziyoev et Kassym-Jomart Tokaïev, respectivement présidents de l’Ouzbékistan et du Kazakhstan, ont pris part à cette séance, délivrant chacun un discours d’introduction.

Le rôle prépondérant du Kazakhstan

Au cours de son temps d’allocution, le président Kassym-Jomart Tokaïev a souligné l’engagement futur d’Astana dans le processus de stabilisation et de reconstruction de la bande de Gaza. En effet, le BOP est un projet essentiellement structuré autour de la question de l’enclave palestinienne ; Donald Trump, président de l’organisation (à titre personnel et non comme président des États-Unis) a créé un conseil exécutif pour Gaza, qui encadre un comité national pour l’administration gazaouie, ainsi qu’une force internationale de stabilisation (FIS). De son côté, Kassym-Jomart Tokaïev, s’est dit prêt à envoyer du matériel médical, des observateurs, ainsi que des soldats, dans le cadre de la FIS. Ces soldats seraient engagés aux côtés de ceux du Maroc, de l’Albanie et du Kosovo.

Pour le Kazakhstan, ce possible envoi de troupes en Palestine s’inscrit dans une démarche d’affirmation de la puissance militaire kazakhstanaise. Actuellement, Astana engage déjà 141 soldats sur le plateau du Golan, dans le cadre de l’opération onusienne pour le maintien de la paix sur le plateau du Golan (FNUOP). Pour la puissance émergeante qu’est le Kazakhstan, ce type de délégations lui permet de montrer la validité et la capacité mobilisatrice de ses forces armées ; dans le contexte de la FNUOP, les soldats kazakhstanais ont dû passer plusieurs tests, prouvant leur efficacité et leurs aptitudes. Par ailleurs, le Kazakhstan est le seul pays d’Asie centrale à fournir des troupes armées à des opérations onusiennes de maintien de la paix.

Le président kazakhstanais a également insisté sur la reconstruction de la Palestine et la participation future d’Astana à ce processus. Kassym-Jomart Tokaïev a notamment proposé l’admission de bourses à 500 étudiants palestiniens et leur accès aux universités kazakhstanaises.

Cependant, l’antenne de Radio Free Liberty au Kazakhstan, Азаттык Азия, a noté la dissonance entre le discours du président Tokaïev et le communiqué du service de presse présidentiel Akorda, qui ne mentionne pas explicitement l’envoi de soldats kazakhstanais. Cette situation peut s’expliquer par le processus législatif par lequel une telle décision doit passer. Kassym-Jomart Tokaïev souhaitant réformer l’entièreté du système étatique kazakhstanais – par exemple, en supprimant le Sénat – une procédure pareille peut sembler peu accommodante au caractère spontané et providentialiste du BOP. D’autre part, le Kazakhstan s’envisage depuis son indépendance comme un espace de stabilité continue, et cette décision soudaine d’envoi de troupes pourrait donner le sentiment de rompre avec cette logique.

Le président kazakhstanais, rompu à l’exercice des affaires internationales, a même proposé que l’on crée un prix « Donald Trump de la paix » décerné par le BOP, qui reviendrait probablement au président de l’organisation, Donald Trump. En novembre 2025, le président centrasiatique avait déjà utilisé ce type d’expression laudative, déclarant que Donald Trump était « envoyé par le ciel« .

À cet égard, Shavkat Mirziyoev s’est montré plus sobre, mais pragmatique, témoignant d’une stratégie claire de la part de Tachkent.

Une collaboration accrue entre Tachkent et Washington

En effet, Donald Trump a également confirmé la participation financière du Kazakhstan et de l’Ouzbékistan au programme d’aide pour Gaza, aux côtés d’autres pays, tous moyen-orientaux, sauf l’Azerbaïdjan.

Pour Tachkent, cette première session du BOP apparaît comme un signe tangible d’une accélération du rapprochement progressif avec les États-Unis, illustré par plusieurs événements marquants survenus au cours de l’année.

En plus du traditionnel programme C5+1, permettant un dialogue entre les États-Unis et les cinq États d’Asie centrale, l’Ouzbékistan a opéré un approfondissement des relations avec Washington depuis quelques mois. En février, l’Ouzbékistan a signé, par l’intermédiaire de Bakhtior Saïdov, ministre des Affaires étrangères, un mémorandum pour l’exploitation de ses minerais critiques par les États-Unis. Cette signature s’est faite dans le contexte d’une rencontre organisée entre 54 États et le Secrétariat d’État états-unien. Juste avant la tenue du BOP, la création d’une plateforme d’investissements mutuels entre les États-Unis et l’Ouzbékistan s’est également décidée. Sur son canal Telegram, Bakhtior Saïdov a largement mis en avant ses différentes rencontres avec des membres du gouvernement états-unien.

Si les deux pays d’Asie centrale envisagent différemment leurs relations bilatérales avec Washington, il convient de souligner que celles-ci se structurent avant tout autour d’une approche économique. Malgré la participation annoncée d’Astana au déploiement de personnels en Palestine, ainsi que la coopération en matière de sécurité internationale et de développement durable évoquée par Bakhtior Saïdov, la dimension économique demeure centrale.

Cette orientation contraste avec l’approche privilégiée par certains pays européens, dont la France, qui misent sur un éventail de coopérations plus diversifié. On peut ainsi rappeler l’exposition « Splendeurs des oasis d’Ouzbékistan », organisée en 2023 au Musée du Louvre.

En définitive, cette dynamique traduit à la fois le rétablissement progressif des relations entre Tachkent et Washington, durablement affectées depuis les événements d’Andijan en 2005, et s’inscrit dans la continuité de la politique d’ouverture économique menée par Shavkat Mirziyoev.

Parallèlement, elle témoigne de la volonté d’Astana de s’affirmer comme une puissance capable de peser au Moyen-Orient en s’appuyant sur son partenariat avec les États-Unis (tout comme sa volonté de s’affirmer au Moyen-Orient l’aide à se rapprocher de Washington), dans le cadre d’une stratégie assumée de multi-alignement.

À propos de l'auteur

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Nathan Bataille

Étudiant en master de Relations internationales, spécialisé dans les dynamiques contemporaines de l'Asie centrale

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